Plus le temps passe, plus nous aimons rencontrer des agriculteurs et réfléchir à des solutions pour affronter nos défis communs. Juste avant Noël, nous avons été invités à Autet, petit village de Haute-Saône où les citoyens fêtaient la fin d’année de bien belle manière : pour remercier les travailleurs de la terre qui se sont engagés à réduire l’usage de produits chimiques sur leurs cultures, plus particulièrement celles à proximité des zones habitées, les élus et l’apiculteur de la commune leur ont remis des pots de miel récoltés localement. Comme si le miel comme bien d’autres richesses de la nature, était la récompense de l’être humain, lorsqu’il prend soin de ce qui l’entoure. Vos deux envoyés Apis Sapiens, Bertrand et Catfish, sont donc allés récolter cette bonne nouvelle : ça ne fait pas de mal n’est-ce pas ? 

 

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Désolé si les photos sont floues : même nos smartphones étaient émus 😉

 

 

Chers amis, bonjour !

 

Le 16 décembre, vos loyaux serviteurs sont allés à Autet en Haute-Saône.  Cette commune, embarquée par les initiatives de notre ami Dominique Périlloux et à la suite de l’installation d’un apiculteur professionnel sur le territoire, essaie d’inciter les agriculteurs qui travaillent sur ses terres, à moins utiliser de produits chimiques en zone de captage. Pour la plupart des agriculteurs, le message a été clair et ils ont décidé de se désengager des cultures nécessitant beaucoup d’intrants. A notre arrivée nocturne dans ce joli village de Franche-Comté, nous avons découvert une salle des fêtes emplie de citoyens joyeux, amoureux de l’abeille, parfois apiculteurs amateurs, venus rendre hommage à l’action des six agriculteurs.

 

Leur effort la commune l’a vu et a décidé de les en remercier en leur offrant symboliquement des pots de miel. Car ne l’oublions pas, les agriculteurs vivent de la terre, ils en tirent un revenu. Dans les faits, ce geste qu’ils ont accompli est un acte de courage, car selon leurs propres mots : « ce n’est pas si simple de faire une transition de la sorte parce que oui, il existe des plantes moins gourmandes en intrants, mais on doit vivre de notre métier et les plantes en question, sont moins rentables que le blé, l’orge et le maïs. ».

 

Nous avons voulu tâter le pouls des agriculteurs en allant discuter avec eux et nous leur avons demandé leur réaction sur l’initiative de la mairie : le message est bien perçu et ils semblent très conscients de l’importance des abeilles et autres pollinisateurs pour la terre et les plantes qu’ils travaillent. Mais comme souvent, la réglementation vient s’en mêler de manière aveugle et implacable, empêchant les initiatives de bonne volonté et de bon sens. Par exemple, si un céréalier met son champ en herbes, il doit le faire pour 5 ans et après ne peut plus décider du devenir des cultures sur sa parcelle. Par ailleurs, perçues comme trop maigres, les aides de l’UE et de l’Agence de l’Eau sont limitées dans le temps et ne suffisent plus. Plusieurs d’entre eux nous le disent.

 

Pour aider les agriculteurs qui ont des terres en zone de captage, on nous a fait savoir que la chambre d’agriculture de Haute-Saône réfléchissait de concert avec certains agriculteurs à élaborer une solution d’indemnisation pour la production d’eau propre et donc la sanctuarisation de parcelles entières. Le mécanisme illustre autant la volonté de changement que les difficultés à le mettre en place. On le voit donc à nouveau, l’usage de techniques d’agriculture chimique et intensive sont donc bien moins le fait d’une volonté des travailleurs de la terre d’une nécessité économique : est-il nécessaire de rappeler la dureté du travail et la précarité financières connue par nombre d’entre eux, eux qui pourtant nous nourrissent ?

 

Et s’ils ont besoin de produire en grandes quantités, c’est bien que les distributeurs leur imposent des prix toujours plus à la baisse, pour des consommateurs toujours plus désireux de dépenser moins pour se nourrir, quitte à sacrifier la qualité de leur alimentation et leur santé. Quelque part, les drames agricoles et écologiques partagent une même source : le « plus » plutôt que le « mieux ». Abeilles comme agriculteurs en souffrent. « Si vous voulez sauver l’abeille, aidez à sauver l’élevage nous dit l’un. Ce sont ceux qui sont le plus en difficultés et pourtant offrent les meilleures conditions aux pollinisateurs. » Voilà pourquoi, plutôt que d’opposer travailleurs de la terre et pollinisatrices, il faut leur donner davantage les moyens de se lier.

 

C’est ce que font les habitants d’Autet qui font fleurir leur village et les agriculteurs des environs réunis autour de Dominique Périlloux. Pasà pas, ils avancent ensemble, bien décidés à se parler et à trouver ensemble des solutions. Et bien décidés à continuer la discussion et la recherche de compromis, ils se sont donnés rendez-vous en début 2016 pour parler de deux sujets importants : la plantation de cultures mellifères (lin, lotier, luzerne, mélilot, moutarde, sainfoin ou encore trèfle blanc) et la réduction de l’usage de produits phytosanitaires à proximité du village. Ce qu’on peut retenir de ce voyage à Autet, c’est que l’abeille est autant un enjeu qui fait agir et un sujet qui réunit. En ces temps difficiles, l’abeille deviendrait-elle une bannière autour de laquelle réunir les citoyens ?

 

C’est un voeux possible, voire une résolution pour cette année 2016 qui vient.