L’IPBES, organisme dont l’action vise à défendre et protéger la biodiversité, vient de livrer son premier rapport sur la pollinisation. Cette étude, qui doit servir de base aux politiques pour mettre fin au déclin des insectes pollinisateurs, s’attire néanmoins quelques critiques dernièrement. Et pour cause, parmi les dizaines d’experts ayant pris part à son élaboration, deux d’entre-eux seraient issus de l’industrie chimique…

 

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Crée en 2012, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES en anglais) est à l’environnement ce que le GIEC (Groupe d’experts sur l’évolution du climat) est au changement climatique : un organisme protecteur plus que nécessaire. Le 26 février dernier, le « GIEC de la biodiversité » – comme le surnomme certains spécialistes – a ainsi dévoilé lors de sa quatrième réunion plénière à Kuala Lumpur son premier rapport sur l’importance des pollinisateurs vis-à-vis de la production alimentaire mondiale. Et le constat établi par cette étude conséquente est clair : si le déclin de la faune agricole – qu’elle soit sauvage ou domestique – se poursuit, la planète pourrait rencontrer de grandes difficultés pour subvenir à ses besoins alimentaires, et ce dans un avenir proche.

La partie la plus sensible de ce rapport repose en outre sur les diverses origines de ce déclin, et notamment la responsabilité des pesticides. Un chapitre délicat qui amène aujourd’hui une véritable part d’ombre sur le travail de l’IPBES. Comme le dévoile Le Monde dans un récent article, deux des 77 experts ayant rédigé le rapport seraient salariés de l’industrie chimique. Une incohérence lorsque l’on connaît la relation conflictuelle qu’entretient cette branche avec les protecteurs de l’environnement. De cette étonnante annonce émanent par conséquent aujourd’hui de véritables suspicions de conflits d’intérêts au sein du groupe de travail mandaté par l’organisme. Car parmi les deux personnes concernées figure Helen Thompson, employée de Syngenta – société suisse faisant partie des leaders mondiaux de l’industrie chimique – et chargé du chapitre sur… les causes du déclin des pollinisateurs. Pis, cette dernière, alors employée du gouvernement britannique en 2013, avait suggéré que les fameux pesticides néonicotinoïdes ne représentaient « aucun risque » pour les bourdons. Une affirmation démontée depuis par bon nombre d’études un tantinet plus raisonnables.

La participation d’un membre du secteur de l’agrochimie dans l’élaboration d’une telle étude est-elle alors légitime ? Là est la question. Malheureusement, cette « anomalie » n’est pas un secret si l’on en croit un chercheur français spécialiste de la pollinisation. « C’est un vrai problème dont tout le monde est au courant, et qui n’a pas été résolu depuis que l’IPBES a été une première fois interpellé sur le sujet. » Pour sa défense, l’IPBES avait tenu à préciser par l’intermédiaire de son secrétariat que « les scientifiques des sociétés agrochimiques [en question] avaient été sélectionnés sur leur capacité, comme scientifiques indépendants, à apporter une contribution objective ». Un argumentaire qui peut aisément laisser place au scepticisme…