Jouissant de l’un des plus importants gisements d’hydrocarbures de France, le site de forage gazier de Lacq, dans les Pyrénées Atlantique, est suspecté depuis la parution d’une étude en 2002 d’avoir provoqué une surmortalité chez les habitants de ses environs. Malgré des signes d’alarme évidents, l’État et les pouvoirs publics ne semblent pourtant pas inquiétés par la situation (source : Médiapart).

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Site de forage gazier du Lacq (source)

1949, la France est en pleine période d’après-guerre et se relève doucement d’une décennie sombre et éprouvante, s’appuyant alors sur le renouveau de ses industries. Parmi elles, près du petit village de Lacq dans les Pyrénées Atlantiques, jaillit de terre le site de forage gazier le plus important du pays. Exploitées par la Société générale des pétroles d’Aquitaine (SGPA), plusieurs usines profitent ainsi de l’un des plus gros gisements français d’hydrocarbures. Petit à petit, le paysage rural de la région accueille le béton et l’acier des HLM où vivent les employés des différentes plateformes industrielles inhérentes au projet. Autrefois simple patelin de la campagne paloise, Lacq devient en quelques temps l’un des fournisseurs majeurs de gaz dans l’hexagone. Une mise en lumière qui laisse néanmoins planer une large zone d’ombre depuis près de quinzaine d’années…

En 2002, l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) publie une étude de quarante pages pour le moins inquiétante, soulignant la dangerosité du site de Lacq. Celui-ci serait tout simplement toxique, et aurait engendré une surmortalité croissante dans les villages alentours au cours des dernières décennies. Concrètement, sur les 23 000 habitants de la région, l’exploitation du gisement d’hydrocarbures aurait engendré 136 décès supplémentaires parmi les 1 124 morts recensées sur une période de 31 ans. Malgré ces chiffres, le rapport ne sera pas rendu publique et aucunes recherches complémentaires ne seront mises en place par la suite. Particulièrement laxistes, voire passifs, les pouvoirs publics ne se sont contentés que d’une évaluation hâtive des risques sanitaires en 2007, ne prenant pas en compte les véritables « effets-cocktails » des molécules présentes dans l’air du bassin de Lacq. Une attitude qui alarme certains locaux, à l’image de Loïc Coudry, médecin et adjoint à la mairie d’une commune située à une vingtaine de kilomètres de Lacq. « Cela fait 14 ans que l’étude de l’Isped est sortie, et personne ne s’est posé la question du lien entre les industries chimiques et la santé des gens ? En tant que médecin, ça me pose un problème. Les personnes nées après l’ouverture du site en 1949 vont-elles vivre moins longtemps ? Vont-elles tomber plus malades ? Il y a une vraie urgence à le savoir. Il est choquant que l’état de santé de la population ne soit pas surveillé en permanence. On s’approche de la situation du Mediator. »

Si le site du forage gazier de Lacq se veut aussi néfaste, c’est en partie à cause du caractère spécifique de son gisement. Contenant une forte dose d’hydrogène sulfuré (16%), il nécessite un processus de désulfuration, une opération qui a rejeté près de 700 tonnes de dioxyde de soufre (SO2) par jour dans l’atmosphère pendant la période de production de gaz commercial (arrêtée par Total en 2013), favorisant alors l’apparition de cancers et de difficultés respiratoires. Bien qu’espérée par diverses associations locales, la mise en œuvre d’une seconde étude sur le sujet n’alerte pour l’heure pas l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) et l’Agence Régionale de Santé (INVS). Pis, le responsable de son pôle de santé publique, Michel Noussitou, nie carrément l’existence d’une sumortalité dans le bassin de Lacq. n« Le rapport se lit dans son ensemble, il ne faut surtout pas en extraire un paragraphe. C’est un équilibre entre tout cela. Il ne permet pas de conclure ni dans un sens ni dans un autre. » En 2009, devant le Haut Conseil de la santé publique, il déclarait déjà que « dans le cas de Lacq, la demande sociale vis-à-vis de l’environnement ou de problèmes de santé repérés n’est pas très importante. Le lancement d’une étude fait courir le risque de briser la paix sociale, la population étant amenée à penser que les investigations en cours sont motivées par la suspicion du problème ». Le bassin de Lacq figure  néanmoins aujourd’hui parmi les points noirs du Plan national santé-environnement. Une situation qui ne permet pourtant pas d’accorder les élus, les représentants de l’État et les associations de la région. Dommage.