Publiée ces derniers jours, une vaste étude sur les « coûts cachés » des pesticides montre que les coûts générés par ces substances dépassent de loin leurs bénéfices financiers. Menée par deux chercheurs français, elle souligne notamment les conséquences sanitaires, souvant sous-estimées, liées à leur usage. (Source Le Monde)

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« Le discours sur la soi-disant rationalité économique d’une agriculture dépendant de l’utilisation massive des pesticides est largement basé sur des études incomplètes qui ne prennent pas en compte la réalité des coûts sanitaires et environnementaux. » En quelques mots, François Veillerette, porte-parole de l’associations Générations futures, décrit clairement le regard biaisé qui est aujourd’hui porté sur la rentabilité de l’usage des pesticides. Allant à l’encontre de ces propos, une récente étude – complète et minutieuse pour le coup – menée par deux chercheurs de l’Institut national de la recherche économique (INRA) tend à rétablir la vérité sur le sujet. En prenant en compte les effets des « externalités négatives » dûes à l’utilisation de produits phytosanitaires (une première pour une étude de la sorte), elle permet d’établir un constat limpide : dans certains cas, herbicides, fongicides et autres insecticides ne conduiraient à aucun bénéfice. Pis, ces derniers pourraient même coûter plus qu’ils ne rapportent.

 

Les estimations des deux chercheurs ne peuvent en revanche, faute de données récentes, concerner la période actuelle. Elles se concentrent par conséquent sur le début des années 1990. Et d’après elles, à cette époque, le rapport coûts-bénéfices des pesticides de synthèse était largement défavorable aux États-Unis. L’usage des produits phytosanitaires rapportaient certes près de 27 milliards de dollars par an à l’économie américaine, mais il lui coûtait plus de 40 milliards. Le calcul est simple, les pertes s’évaluaient alors à environ 13 milliards de dollars.

 

A l’origine de cet énorme déficit, quatre facteurs : les coûts environnementaux (dégâts engendrés sur la faune et la flore), les coûts sanitaires (frais de santé), les coûts réglementaires (fonds publics pour réglementer et contrôler ces substances) et enfin les frais d’évitement (tendance des ménages à se tourner vers le bio). En parallèle de ces quatre éléments, l’Évolution avec un grand É incite également les géants de l’agro-industrie à investir de plus en plus. S’adaptant au fil du temps aux pesticides, les « mauvaises » herbes et autres « nuisibles » ont progressivement développé une résistance accrue face à ces derniers, ce qui a par exemple engendré des pertes de rendement de l’ordre de 2,3 milliards de dollars aux États-Unis en 1992.

 

Outre cette étude, d’autres rapports plus contemporains commencent à voir le jour ces derniers temps. L’un d’entre-eux, publié en 2015 dans la revue Journal of Clinical Endocrinology and Metabolism, estimait les dégâts sanitaires de l’exposition de la population européenne à certains types de pesticides à quelques 120 milliards d’euros par an… Suffisant pour stopper une bonne fois pour toute leur usage totalement irrationnel ? Espérons-le…