La Commission européenne a annoncé hier en conférence de presse qu’elle désirait proposer une réautorisation provisoire du glyphosate pour les dix-huit prochains mois. Particulièrement clivante, cette décision ne fait qu’entretenir les tensions qui existent entre les États membres, fortement partagés sur la question.

 

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 Le glyphosate est l’un des ingrédients principaux de plusieurs centaines de produits de l’industrie phytosanitaire, dont le nauséabond Roundup, tête de gondole de Monsanto. Chaque année, 8 000 tonnes de ce poison – classé comme « cancérigène probable » pour les humains par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) – sont répandues dans les cultures françaises, engendrant sa présence dans la plupart des cours d’eau de l’hexagone. Reconnu ainsi par plusieurs groupes d’experts comme étant dangereux pour l’homme, son autorisation d’utilisation sur le sol européen devait expirer à la fin du mois. « Devait », car depuis hier, le délai pourrait être repoussé jusqu’à l’orée 2018. La Commission européenne vient en effet d’annoncer qu’elle s’apprêtait à proposer une réautorisation provisoire du glyphosate en Europe pour les dix-huit prochains mois.

En prenant cette décision, l’instance européenne ne fait que repousser l’échéance, et laisse un an et demi de plus à l’Agence européenne des produits chimiques (ECHEA) pour définir de façon catégorique si le glyphosate constitue un véritable danger. Il faut dire que la Commission a un avis bien tranché sur la question. En mars dernier, elle avait proposé une réautorisation du glyphosate pour une période de quinze ans. N’obtenant pas de majorité auprès des États membres, elle avait par la suite retenté sa chance le 19 mai en réduisant cette durée à neuf ans. En vain. Là-encore elle dut se heurter aux votes défavorables de plusieurs pays, dont l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et la France. Votée le 6 juin prochain en comité technique par ces mêmes États membres, la dernière proposition de la Commission devrait être acceptée à en croire Bruxelles, qui serait parvenu à réunir la majorité nécessaire à sa validation. Une éventualité qui n’empêche pas la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, de maintenir son cap. « Bien évidemment la France ne changera pas d’avis sur le glyphosate et ne votera pas la proposition de Bruxelles. » Le ton est donné.