Depuis 3 ans est en cours une négociation entre l’Europe et les Etats-Unis appelée « Trans-Atlantic Free Trade Agreement » sous l’acronyme TAFTA, afin de créer un traité commercial TTIP qui signifie en français « Partenariat Transatlantique de Commerce et d’Investissement ». Le 2 mai, l’antenne néerlandaise de Greenpeace a rendu public l’avancée des négociations qui avaient eu lieu du 25 au 29 avril entre l’administration d’Obama et la Commission Européenne. Les médias ont alors relégués ces informations, mettant en lumière des points phares de ces documents pour le moins inquiétants. (Le Monde, Télérama, Euronews)

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        Des négociations déséquilibrées : l’Europe toujours moins aux Européens

Dans l’ensemble des documents publiés par Greenpeace, il peut tout d’abord être remarqué que l’Europe est bien plus sujette à négocier que les Etats-Unis. On retrouve de nombreuses fois des propositions européennes de compromis alors que les Etats-Unis montrent moins d’enthousiasme à collaborer et faire des concessions.

        Une règlementation mutuelle, sans harmonisation : quand avons-nous voté pour la loi américaine ?

Au lieu de trouver une harmonisation dans les normes européennes et américaines, les deux parties envisagent de pratiquer une reconnaissance mutuelle des règlementations. En effet, l’Europe reconnaît que la norme américaine est équivalente à la sienne et donc acceptable. Cela est incompréhensible lorsque l’on sait au combien les règlementations mises en place en Europe et aux Etats-Unis sont différentes. Par exemple, les OGM restent rares en France et doivent être étiquetés en tant que tel tandis qu’aux Etats-Unis, 80% des aliments comportent des OGM. De plus, les hormones de croissance du bétail sont interditent en Europe et autorisées aux Etats-Unis. C’est également le cas du chlore dans les poulets qui peut entrainer une résistance anti-microbienne et des risques de cancers, notamment chez les enfants (plus d’informations sur euronews.com). C’est donc des normes environnementales et sanitaires qui seraient revues à la baisse en Europe!

        Le principe de précaution menacé : encore moins de filets de sécurité

Le principe de précaution permet à l’Europe de refuser l’entrée sur son territoire de certains produits et pratiques qui pourraient potentiellement nuire à la santé humaine ou à l’environnement. Il faut alors justifier qu’un produit n’est pas dangereux pour qu’il soit accepté en Europe. Cependant, ce principe n’apparait jamais dans les documents publiés par Greenpeace. Il est même écrit qu’il faudra apporter les preuves de la dangerosité d’un produit pour qu’il soit interdit de la vente dans ces pays. On revient donc à des modes de réflexions où on se dit que « tant qu’on ne sait pas ce que ça fait, pourquoi s’en priver ? ». Apparemment les agriculteurs malades après avoir pulvérisé des produits chimiques sur leurs parcelles ne font pas encore réagir en conséquence ces deux grandes forces économiques mondiales…

        Les géants de l’économie prennent le pouvoir

Dans ces documents du TAFTA, les grandes entreprises auraient un impact encore plus important sur les décisions prises par les états européens et les Etats-Unis. Selon Greenpeace, le pouvoir de la société civile n’aurait qu’un petit droit d’accès. On peut alors avoir peur que les intérêts des petites entreprises et de la population ne soit relégués qu’au second plan ! Par exemple, les grandes firmes pourraient intervenir lors de la création d’une norme pour en réduire toute ambition, ou lorsque cette dernière est créer, en attaquant les Etats à travers des tribunaux privés si elle remet en cause leurs intérêts et leurs profits futurs. Les grandes entreprises de l’agrochimie auraient donc la possibilité de faire encore plus pression sur les Etats et il serait alors pratiquement impossible de refuser la commercialisation de produits chimiques en agriculture. 

 

Ces différents éléments montrent que les problèmes environnementaux et sociaux qui sont en cours actuellement n’ont que peu d’échos dans les relations entre deux grands ensembles influençant le monde. Les hommes, la nature et les abeilles peuvent trembler de peur. Heureusement, les mouvements voient actuellement le jour, comme par exemple à Rome où samedi 7 mai, des milliers de manifestants se sont retrouvés dans la rue pour faire entendre leur mécontentement face au TTIP. Car rien n’est perdu. Le projet étant encore en négociation pour quelques temps, il est encore possible de se mobiliser afin d’enrayer cette machine infernale pensant en premier lieu à son bien-être financier plutôt qu’à l’Homme et la nature.